Le gouvernement Lecornu a prévu d’actionner l’article 49-3 de la constitution s’inscrit dans un refus de la présidence de la République de reconnaître le résultat des dernières élections législatives.
Si l’action de l’article 49-3 s’avère légal, la légalité ne se résume pas vraiment à une certaine légitimité. En effet, la torsion de l’esprit des lois et donc de la Constitution se retrouve dans une problématique où l’État de droit s’efface au profit d’un État légal. Les macronistes se trouvant en minorité absolue essaye de croire que la responsabilité repose sur les « autres », c’est-à-dire les « extrêmes » alors que « l’extrême-centre » qu’il incarne poursuit une accélération autoritaire qui n’est plus un virage, mais une autoroute. Dans cette vision, appelez de nouveaux à la préparation de nouvelles élections législatives soulèvent une question de fond. En effet, si le résultat ne convient pas au monarque une fois, le résultat qui ne conviendrait pas au monarque une deuxième ou troisième fois aurait le même effet escompté. Emmanuel Macron s’oriente vers un virage autour de la figure de Mac Mahon. En effet, sa volonté de dissoudre à souhait l’Assemblée Nationale quand le résultat ne lui plaît pas pose une problématique importante en termes de respect du suffrage et de la démocratie parlementaire. La constitution de Grevy a permis justement d’empêcher qu’un despote ne dissolve à souhait le Parlement.
Emmanuel Macron est devenu le président le plus impopulaire de la Cinquième République. L’usage régulier de l’article 49-3 pour sauver les meubles d’une doctrine ne permet pas d’empêcher une lepénisation des esprits qui prend place au sein du Parti Socialiste et s’enracine notamment dans les partis qui se réclament de la République au sein du mouvement conservateur.
À chaque fois qu’un gouvernement a utilisé le déclenchement de l’article 49-3, il a été conspué et souvent dans un cadre conservateur et mettant à profit le néolibéralisme.
Aujourd’hui, il existe trois blocs différents sur le papier et deux blocs économiques par ailleurs. La coalition de gauche, le bloc central et l’extrême-droite avec qui la convergence du parti Les Républicains s’opère de façon inquiétante, mais suit une volonté de créer un cordon sanitaire inédit : un cordon antirépublicain. Sur le plan économique, l’opposition entre les keynésiens et les néolibéraux se retrouve au premier plan. Certains parlent d’une extrême-gauche qui intellectuellement est absente sur les bans du Parlement. Cela symbolise avant tout un narratif dangereux au profit d’une alternative qui ne devrait avoir lieu. Après plus de quarante ans de néolibéralisme et une dette endémique avec un déficit très important, les responsables des différentes écoles néolibérales nous expliquent sans rire que le problème vient qu’on n’a pas assez de libéralisme. On leur donne la main et ils veulent prendre le bras.
La France a certes besoin d’un budget, mais les méthodes employées pour rester sur un politique qui va creuser le déficit social soulève de nombreuses questions. L’article 49-3 reste en soit un aveu d’impuissance et ne résoudra pas les problématiques qui tiennent au sein de notre société : la baisse des recettes n’a pas créé de croissance et se retrouve responsable du déficit. En continuant la méthode responsable du déficit qui n’a produit peu de richesse en lien avec le risque d’une décroissance encore plus soutenue que prévu par rapport ce qui a été fait dans d’autres pays.
Quand le premier ministre Lecornu suspend les débats pour engager la responsabilité de son gouvernement sur le budget, il y a fort à parier qu’il ne s’agisse pas d’un coup de poker stratégique, mais d’autre chose : un abus de faiblesse de son équipe et surtout un gouvernement en perdition qui n’a pas de majorité absolue. On ne sait pas de quoi demain sera fait, mais objectivement l’usage de l’article 49-3 ne peut qu’attiser les colères populaires.
Au moment où sont écrites ces lignes, on ne sait pas de quoi sera fait demain, mais la fin du règne d’Emmanuel Macron risque d’être froid, car il est la Cinquième République en décomposition.
Edit : le premier ministre a changé d’avis pour le moment.


