Égérie du Loft Story, elle avait sombré en étant devenue une sorte de « bête de foire ». Elle avait enduré une période d’addiction très importante, dont l’alcoolisme, mais aussi de nombreuses drogues. Cette dernière reste une maladie et la France a du mal à faire reconnaître le fait de boire avec une chronicité comme tel, même si le DSM reste assez clair.

Elle souffrait également d’une bipolarité, une maladie grave que la société méconnaît au regard des préjugés notoires à son encontre.

Loana avait été à un moment donné de sa vie « SDF » et avait vécu chez sa mère. Elle avait été humiliée à de nombreuses reprises, dont lors de l’émission « Touche Pas à Mon Poste ».

Les uns rigolaient du handicap, les autres se gaussaient de voir une personne déchue et le cyberharcèlement se poursuivait. Cette chute qu’elle avait faite chez elle et qui lui aurait coûté la vie n’aurait peut-être pas eu lieu si elle n’avait pas eu tout ce poids sur le dos.

Le Loft Story de 2001 diffusé par le groupe M6 se retrouvait comme la mise en scène du Truman Show sorti en 1998. Les caméras partout devaient retracer une expérience inédite chez le spectateur qui s’inscrivait par ailleurs dans une forme de voyeurisme.

Mais le plus hallucinant résidait dans l’esprit du vote qui incombait à un public parfois fanatisé. La déshumanisation rampante de ces personnes par des animateurs peu scrupuleux à la recherche de buzz met en évidence un univers mortifère et lugubre.

Guy Debord avait théorisé la société du spectacle et nous étions dedans. Sans le savoir à l’époque, il s’agissait pourtant d’une expérience sociologique inédite et qui n’a pas pu être reproduite.

Il aura existé une seconde saison du Loft Story sur M6, puis cela s’envola sur TF1 avec Secret Story. De nombreuses chaînes s’y sont essayées, mais le niveau a toujours été tiré vers le bas. Le vide abyssal essayait de retrouver le vide quantique, sans succès.

Il existe tellement de variantes où les altercations font la une d’une certaine presse pour mieux vendre des espaces publicitaires. La téléréalité reste un univers mortifère, et le destin de Loana en est la preuve la plus cruelle.