Mais pour comprendre ce qui se passe là-bas, il faut rappeler une chose que les Français ont parfois du mal à saisir : les États-Unis sont un État fédéral. Cinquante États, une Constitution et un équilibre des pouvoirs pensé précisément pour éviter qu’un seul homme concentre tout entre ses mains.
C’est cet équilibre que des millions d’Américains sont descendus dans la rue pour défendre. Le mouvement s’appelle « No King », « Pas de roi ». Et il dépasse largement le clivage républicain-démocrate. On l’a vu surgir dans des zones très conservatrices, là où personne ne l’attendait. Ce mouvement ne se réclame pas d’un parti. Il se réclame d’une chose simple : la Constitution, les droits civiques, l’État de droit.
Certains n’hésitent pas à le comparer au plus grand mouvement de droits civiques depuis les années 1950-1960. C’est dire l’ampleur de ce qui est en train de se jouer.
Bruce Springsteen s’y est joint. Le Boss a enregistré un titre intitulé Streets of Minneapolis, en référence aux opérations de l’ICE dans les Twin Cities, menées dans un climat de terreur, et qui ont coûté la vie à des citoyens américains. Le refrain est simple, direct : ICE out now.
Parce que l’ICE, l’agence chargée du contrôle de l’immigration, n’est plus perçue par une large partie de la population comme une simple administration. Elle est vue comme une police politique, régulièrement comparée aux forces de maintien de l’ordre des régimes autoritaires d’extrême droite.
Depuis la réélection de Donald Trump, le glissement s’est accéléré. Les juges ? Présentés comme des obstacles à abattre. Les élections ? Des gênes à contourner. L’objectif, selon ses opposants, serait d’en finir avec l’État de droit lui-même.
Ce que l’on observe, c’est la construction méthodique d’un culte de la personnalité. Et pendant ce temps, les chiffres sont là, implacables : jamais les États-Unis n’ont aussi peu créé d’emplois, jamais la dette n’a été aussi lourde, jamais l’inflation n’a été aussi élevée. Et pourtant, on a trouvé le temps de créer le « Board of Peace », un conseil de guerre au nom orwellien, vitrine familiale d’un pouvoir qui se célèbre lui-même.
Les sondages, y compris ceux des instituts proches de Trump, ne lui accordent plus qu’un tiers d’opinions favorables. Le socle s’effrite.
Les élections de mi-mandat approchent. La sanction dans les urnes pourrait être historique. Mais elle ne le sera qu’à une condition : que les démocrates aient le courage d’un programme réellement progressiste, et qu’ils cessent de glisser vers un conservatisme mou qui, au fond, ne fait que servir l’extrême droite.
L’Amérique que Trump fantasme n’existera pas. Mais l’Amérique qui résiste, elle, est déjà dans la rue. Et elle est nombreuse.