La loi Yadan a pour objet une redéfinition de l’antisémitisme en tant que délit. Ancrée dans la logique d’une mouvance qui ne s’intéresse pas à l’antisémitisme comme fait, mais l’instrumentalise au profit d’organisations d’extrême droite, elle laisse songeur et invite à réfléchir sur son but premier.

La définition de l’antisémitisme serait celle de la plus grande coalition antisémite au monde (comme on le verra plus loin) où le terrorisme siège au sein d’un gouvernement. Le gouvernement israélien, par son ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, terroriste notoire issu du mouvement kahaniste, ne pourra plus être critiqué. Pire, dire que A est A sera considéré comme de l’antisémitisme : c’est le fond de cette loi profondément antisémite que nous promeut Caroline Yadan.

Sur le fond, il s’agit de considérer l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme, et par extension toute critique vis-à-vis du régime israélien qualifié de génocidaire.

Theodor Herzl a écrit un ouvrage intitulé Der Judenstaat, mais aujourd’hui, il serait considéré comme antisémite aux yeux de Caroline Yadan, car il était de gauche. Le mont Herzl perd ainsi tout son sens, puisque cet ouvrage socialiste se retrouve dans une contradiction immense. Dans un pays qui combat le progressisme et traque les socialistes, Theodor Herzl est assassiné chaque jour par le gouvernement israélien. En effet, l’axe qu’emprunte Israël s’inscrit dans le fascisme hérité de Benzion Netanyahu, fasciste notoire et profondément antisocialiste, que l’on retrouverait aujourd’hui dans le discours antisémite sous les appellations « antiwokes ». Longtemps soutien de Mussolini, il dut fuir aux États-Unis le régime qu’il bénissait. Dans ce contexte, Benjamin Netanyahu, né aux États-Unis, fut élevé dans le fascisme et le racialisme typiques des sociétés fascistes. C’est dans cette aspiration mussolinienne qu’il a voulu reproduire à l’échelle israélienne les valeurs de Mussolini. Israël en 2026 s’inscrit dans cette idée : messianisme millénariste, hiérarchisation sociale extrême, racialisme et apartheid, impérialisme, génocide, etc.

En refusant la moindre critique contre Israël, contre le racisme d’État israélien comme contre le racisme au sein de la société israélienne, Caroline Yadan peut certes élargir une définition, mais elle ne peut pas changer les faits. Ce monde du « récit alternatif » s’inscrit dans une démarche typiquement orwellienne, largement diffusée par le président américain pour créer une « post-vérité ». Pourtant, si elle avait lu la presse quotidienne, elle aurait compris que sa démarche, en tentant de suivre l’extrême droite américaine, pose un problème. Cette dernière ne cache pas son antisémitisme à travers la doctrine du nationalisme chrétien, via des lectures évangélistes. Lors d’une saillie dans un meeting en Iowa, Donald Trump a utilisé, le 3 juillet 2025, l’expression antisémite « shylock » pour désigner des « usuriers », à l’image de l’antisémite Gérald Darmanin, actuel garde des Sceaux.

En refusant de décrire les faits et de les nommer, la censure a longtemps été l’instrument des régimes autoritaires. Considérer que toute critique fondée à l’égard d’Israël repose sur une essentialisation des personnes de confession juive constitue, en soi, un ancrage dans un antisémitisme notoire, dont Caroline Yadan fait preuve depuis des semaines et des mois.

En ce sens, refuser à la démocratie française le droit à des critiques objectives sur Israël, pour porter un projet qui n’a rien de républicain, revient dans les faits à importer le fascisme israélien en France. Il faut rappeler qu’en Israël, soutenir des partis antisémites comme le RN (fondé par des SS), le FPÖ en Autriche (fondé par des SS), Vox en Espagne (héritier du franquisme), etc., ne semble guère poser de problème à Caroline Yadan, qui suit manifestement cette logique antisémite s’enracinant souvent dans le négationnisme et l’apologie de crimes contre l’humanité.

L’antisémitisme demeure néanmoins un problème majeur dans notre société : un centriste sur deux serait antisémite, et plus de deux électeurs sur trois du RN le seraient également, selon une étude sur les préjugés antisémites de la CNCDH. Dès lors, la démarche de Caroline Yadan ne vise pas à combattre l’antisémitisme là où il se trouve réellement. Elle ouvre plutôt la voie à une forme de censure. Derrière ce refus de s’attaquer à l’antisémitisme à sa source, on perçoit une démarche malhonnête et de mauvaise foi. Elle appartient d’ailleurs au groupe Renaissance, qui a volontairement rendu hommage à l’antisémitisme et au néonazisme de Quentin Deranque, marquant ainsi l’empreinte antisémite d’un parti qui s’inscrit très fréquemment dans la nostalgie du pétainisme, avec tout ce que cela implique.

Caroline Yadan appartient à cette mouvance antisémite, et peut-être qu’au lieu de vouloir appliquer une doctrine fasciste, ferait-elle mieux de se regarder chaque jour dans un miroir.